• Ses dernières paroles

    Ses dernières paroles

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Photo by Christine Meadows
     




    Garde ton ciel, garde ta Lumière, ma Douce !
    Garde-la ! nourris-la !

    Qu'issue de notre amour elle soit maintenant tienne, grandisse et te remplisse !

    Car sais-tu bien, les soleils meurent et les Cieux s'assombrissent !

    Viennent les Ténèbres alors. Et ce n'est qu'en Toi seule que tu trouveras la Clarté si tu as su la préserver.
    Et donc, si tu le peux, sois Lumière et rayonne !

    Sois phare !

    Sois lampe !

    Non sourde et occultée.
    Mais claire et généreuse.
    Chaque jour engendrée par sa propre Lumière dissipant la Nuit.
    Ta nuit.
    Et celle des Autres.

    Car ta Nuit et la lueur et la lueur est ta Nuit.
    Et donc que ton éclat soit la source abreuvante où s'étanchent les Soifs,
    où puise la Vie,
    où se puise l'Amour.

    Car la Lumière est la Vie et la Vie est Amour.

    Et donc rayonne et aime et sois Aimée
    jusqu'au grand éteignement
    puisque aussi bien la Nuit a son heure de victoire dans l'équité des choses recommencées sans fin.

    Ce que je te dis là est truisme,
    évidence, pour ceux dont les paupières sont déjà décillées,
    pour ceux qui ont perdu les écailles de leurs yeux.

    Il me semble, vois-tu que j'ai perdu les miennes ce soir, et pas avant.

    j'ai vécu toute ma vie comme le Narcisse de la fable,
    me mirant à tous les miroirs,
    n'y trouvant que ma seule image.

    Pure illusion, d'ailleurs : il n'est pas de miroirs extérieurs à nous-mêmes comme il n'est pas d'images qui ne soient projections de nos propres phantasmes.

    Et c'est pourquoi, vois-tu, je n'ai su que me rencontrer ;
    pourquoi, vois-tu, j'ai mal aimé ;
    pourquoi je suis resté petit et n'ai pas su me dépasser - prisonnier dans mes murs de verre imaginaires.

    Mon mal a eut ceci de Bien qu'il m'a enfin permis de nier les cloisons : maintenant je sais vivre, maintenant je veux Vivre.

    et je ne vivrai pas.

    Car t'aimant maintenant comme je t'aime,
    je ne voudrais à aucun prix te charger du fardeau de mon corps diminué,
    de mes sens amputés,
    de mon être atrophié.



    j'ai trop d'amour pour toi. Trop d'amour pour moi.

    A travers la vitre abolie, ou Monsieur de Saint Merry naguère souriait,
    se devine au lointain ma Lumière qui s'élance.

    Trop tard.

    Je ne verrai pas l'

    AUBE


    Monsieur de Saint Merry